Intelligence Center
Chercher sur Intelligence Center

Le lundi 18 novembre, dans le cadre des "lundis de l'IHEDN " s'est déroulée la conférence "De la guerre de l'information à la guerre de la connaissance" au sein de l'Ecole Militaire (Paris VIIe).

    

Intervenants : Général Loup FRANCART (cr), Président d' Eurodecision-AIS, agence d'intelligence stratégique
Christian HARBULOT, Directeur de l'Ecole de Guerre Economique.
Animation du débat : Monsieur le Contrôleur Général des Armées Gérard Hoffmann, Directeur des formations centralisées de l'IHEDN.
 

Introduction :
Depuis la fin de la guerre froide et la disparition des frontières, l'information est devenue une matière première stratégique. Ce n'est malheureusement pas encore une mentalité française de rechercher l'information et de la considérer comme stratégique. La France se fait piller (cf affaires Gemplus, Vodaphone ou Castorama). Aujourd'hui, on parvient à tuer les entreprises nationales en s'emparant de nos chercheurs et ingénieurs…

 
haut de page
 
Christian HARBULOT (CH), auteur de "La guerre cognitive, l'arme de la connaissance" commence par rappeler le contexte de la guerre cognitive.
CH donne une définition de l'intelligence économique : Management stratégiques de l'information afin d'innover, se développer, conquérir des parts de marché…
Mais en France, l'Intelligence Economique est un concept encore flou, mal perçu, mal compris.
On observe un déséquilibre de traitement entre 2 aspects de l'Intelligence Economique :

D'un côté nous avons l'aspect Développement / Compétition :
Veille technologique, industriel, juridique, commerciale, stratégique. 90% des rapports, ouvrages et études concernent cet aspect de l'Intelligence Economique.

D'un autre côté, nous avons la Maîtrise du risque informationnel : Intelligence juridique, Gestion de crise, Risk Management, Communication offensive directe et indirecte = guerre cognitive.
que informationnel. Seulement 10% des études concernent ce second aspect.
Exemple d'usage de la maîtrise du risque informationnel :
Les sociétés qui œuvrent dans le domaine du génie logiciel. Ainsi, une de ces sociétés fournit ses services à une grande société de réassurance pour surveiller toute l'information générée par 2000 entreprises cibles qui sont en difficultés.

CH rappelle ensuite qu'il y a une mutation des modes d'affrontement.
Nous sommes passés du renseignement à l'influence., ce qui est nécessaire à une entreprise pour durer dans un cadre devenu hyper-compétitif.
Avec l' "information dominance" technique et humaine, certaines entreprises parviennent à dominer par l'information pour servir les intérêts d'une puissance, et gérer des paradoxes. Pour cela, il faut absolument comprendre au préalable ce que l'information représente en terme de poids stratégique.
Ainsi la création d'une ONG comme TRACE peut servir à dicter des lois dans un domaine de compétence particulier à l'aide d'un jeu organisationnel de réseaux.

 
haut de page
 


CH aborde le concept français de guerre cognitive :
Cognitif = capable de connaître, ce qui concerne la connaissance
Guerre cognitive= manière d'utiliser la connaissance dans un but conflictuel.
Cette démarche a pour but de sensibiliser les décideurs sur la réactivité à avoir face aux nouveaux enjeux de la société de l'information.
·• Principes : Attaquer, avoir l'initiative. Attaquer c'est gagner, défendre, c'est perdre. Il faut empêcher l'autre d'agir, exploiter ses failles, parler à sa place, fragiliser son image.

• Méthodes : sites internet offensifs, débat sur les newsgroups, réseaux d'activistes sur la toile, désinformation dans la presse, manipulation/contrôle d'articles ou de dossiers entiers de grands quotidiens…

• Champ d'application de la guerre cognitive aux USA :
- occuper le terrain par la connaissance
- domination linguistique, éducative, morale…

• Comment fragiliser le concurrent par l'information ?
La meilleure attaque n'est pas de le tromper mais d'identifier ses points faibles.
Exemples :
- Alsthom a provisionné pendant 8 ans pour faire face à un éventuel procès pour son implication dans les problèmes d'amiante. Un concurrent a exploité cette information qui a entraîné une chute de l'action en bourse.
- Un concurrent de Sodexho informe que cette entreprise ferait travailler des détenus de prisons américaines. Le cours de l'action de Sodexho chute.

Autres exemples d'affaires en cours en terme d'affrontements informationnels de nature cognitive : Galileo, Gemplus, Altran Technologie, Vivendi Environnement, Areva et EDF




haut de page
• Les prétextes de l'affrontement informationnel :
- parasiter l'image d'un concurrent
- capter les technologies étrangères
- les nouveaux besoins en terme de sécurité issus de l'après 11 septembre
- la conquête de nouveaux prés carrés stratégiques.


Aujourd'hui, des champs entiers de l'économie donnent lieu à des logiques de puissance.
Un cas d'école : L'Union Européenne veut créer la Cyber Security Task Force. Pour ce faire, La commission de Bruxelles a mandaté des experts de la Rand Corporation pour travailler sur les vulnérabilités de l'Union européenne, l'identification des ses failles en matières de sécurité informatiques. Mais la Rand Corporation Europe, n'est que la filiale de la Rand Corporation de Santa Monica, Californie. http://www.rand.org/
L'Europe n'utilise pas ses propres moyens et permet donc aux USA de "s'introduire" dans le système européen.
Le problème c'est qu'il n'y a donc pas à l'heure actuelle de contrepoids européens aux réseaux d'experts américains.
Malgré tout, il y a une possibilité d'une approche originale européenne sur le thème de la manipulation de l'information. Il faudrait emboîter le pas des USA qui travaillent sans cesse n réseau et prennent l'initiative.


• Quel est l'intérêt d'une guerre cognitive du faible au fort ?
- ce ne sont pas les mêmes clés que celles qui régissent un conflit classique
- l'avantage est à l'attaquant
- les moyens financiers et humains ne déterminent pas obligatoirement l'issue d 'un conflit. Exemple : la suprématie des Vietcongs pendant la guerre US du Vietnam.

Pour conclure, Christian Harbulot rappelle les sites webs "liés" à l'Ecole de Guerre Economique :
Infoguerre.com sur la guerre de l'information,
Lobbying-europe.com, portail du lobbying
C4ifr, Conseil en Intelligence Economique offensive,
Merkatis.com, Agence conseil en Intelligence Juridique


haut de page
Le Général Loup Francart (cr) intervient ensuite.

Le Général rappelle tout d'abord que les concepts de la guerre de l'information connus dans les armées restent les mêmes dans le civil.
Dans son ouvrage, "Infosphère et Intelligence Stratégique, les nouveaux défis", il démontre qu'information et stratégie sont étroitement imbriqués. L'information et la communication servent à nous faire appréhender la réalité.

La Guerre de l'information :
Née de la guerre électronique de la seconde Guerre Mondiale et de la guerre psychologique, l'infoguerre, guerre des réseaux, recouvre de nombreux domaines :
guerre électronique, informationnelle, psychologique, gestion des perceptions, actions d'influence, atteint"des capacités, guerre médiatique…


Cas pratique : The Carlyle Group.
Le groupe Carlyle regroupe 537 investisseurs dans plus de 55 pays. Il a comme Directeur Général Franck Carlucci, ancien de la CIA sous Carter, comme Directeur européen,John Major, ex-premier ministre britannique, comme Conseiller George Bush senior, James Baker ex-secrétaire d'état de bush senior et Ramos, ancien Président des Philippines.
A noter parmi les investisseurs, le Saudi Bin Laden Group…

70% des capitaux de Carlyle sont placés dans l'industrie de l'armement ou des télécoms. Le groupe détient par exemple United Defense (blindés) ou Vaughn (Avionique).
En Europe : Bofors Defence, Andritz (fusées), Hansel
En outre, Carlyle met à disposition de différents états de "conseillers militaires".

En France, Henri Martre appartient à Carlyle Europe en tant que Europe Partners Advisory Board (est par ailleurs présent au conseil d'administration de GIAT, Eurocopter, Siemens, SFIM…).

En France, Carlyle après avoir tenté de s'emparer du Figaro et de l'ensemble de Vivendi Publishing (Dunod, Nathan, Larousse, Bordas..), est tout de même parvenu a racheter un titre du groupe : l'Usine Nouvelle et ce n'est pas un hasard. A noter que l'Usine Nouvelle a formé des partenariats dans le domaine de la recherche avec le CNRS…

The Carlyle Group se présente comme un groupe d'investisseurs qui effectue des plus-values en achètent puis revendant des sociétés. Mais c'est faux pour ce qui concerne les sociétés liées à la défense. Celles-ci demeurent au sein du groupe.

haut de page
 
Maîtriser l'information permet également d'imposer un modèle de société, de culture, d'économie, de cadre juridique. Cette imposition concerne directement nos cadres de pensées. Les paradigmes sont notre façon de percevoir le monde et définissent notre style de vie.

Exemple : la guerre des normes. Récemment, le World Economic Forum nous informe que la France est passé du 20ème au 30ème rang mondial en terme de compétitivité.
Mais les critères de classement (la technologie, le poids de l'administration.., l'environnement macro) sont définit par les USA. Le classement dépend bien sûr de ces critères. On peut ainsi s'étonner que le critère du déficit public (record et en augmentation depuis 10 ans aux USA ne soit pas pris en compte).

Autre exemple : le protocole de Kyoto qui concerne 83 nations.
Parmi les mesures :
- Création de permis d'émission de cO2
- Les entreprises peuvent acheter des quotas d'émissions ou en vendre, selon qu'elles polluent plus ou moins.
On a donc un marché de permis négociables.
Cela rapporte aux entreprises de moins polluer mais, par ce système, les plus riches s'arrogent le droit de polluer
On joue donc encore une fois sur des normes, imposées ici par les nations les plus pollueuses.


Depuis 10 ans, les USA publient très largement leur doctrine militaire sur le web. Les autres pays, à force de lire ces idées, se pénètrent inconsciemment du modèle et notions américaines de défense.
Objectif : les USA amènent le maximum de pays à penser comme eux.
Nous devons nous doter de moyens de concevoir et percevoir le monde à notre manière.
Il y a en fait 3 options :
1. Contribuer à penser le monde pour vivre et agir en européen
2. Contester les USA mais sans penser pour autant le monde.
3. Penser le monde comme les USA pour tirer ensuite notre épingle su jeu. Mais on risque alors la perte d'identité. Vivendi Universal à voulu penser son organisation à l'américaine…

haut de page
Un débat est ensuite animé par le CGA Gérard Hoffmann. Quelques questions et réponses…


• L'ennemi est-il les USA ?
Gen L.F : Non. Mais il faut parvenir à penser par nous-même. La convention européenne permet de décider autre chose sans pur autant s'opposer aux USA.

• Existe-t-il une stratégie européenne de guerre cognitive ?
Gen. LF : non, il n'y pas de réflexion dans ce domaine. Il existe des organismes isolés mais pas de vision stratégique globale.
CH : la démarche française est microscopique. Il n'y a pas d'organisation européenne. Il faut lancer les débats et espérer des prises d'initiatives des Etats.


• Existe-t-il une vision européenne qui puisse contrecarrer celle des USA ?
Gen LF : En Europe, nous n'avons pas l'habitude de travailler comme les USA. Les conseillers des hauts politiques américains réfléchissent et créent leur vision du monde. En Europe, on croit peu aux conseillers qui rendent optimale la compétence d'un gouvernement.
CH : Nous n'avons pas su depuis 30 ans organiser les nouveaux pré carrés de puissance par le dialogue (ou la polémique d'ailleurs). Les USA l'on fait notamment sous les législatures Clinton.
Il y a un déficit en France : on s'attache à préserver la puissance mais pas à l'accroître. Chaque pays européen veut garder son pré carré de compétences.

• Peut-on convaincre les britanniques d'avoir une vision européenne dans ce domaine ?
Gen. LF : Les anglais ont toujours été orientés vers le renseignement. Nous avons beaucoup de retard sur eux car dans notre mode de pensée du renseignement, on agit peu, on réagit seulement. Les britanniques ont de l'intérêt pour tous les types de renseignement et coopèrent étroitement avec les USA. C'est donc difficile de collaborer avec eux.
CH : Remarque sur l'affaire Gemplus, en terme de mode de renseignement: il aurait été bon d'identifier au préalable cette technologie stratégique et critique. Il faut dans ce cas amener les USA à un "deal" pour qu'ils réduisent la part de leurs capitaux.

 
Remarque : Ce petit compte-rendu entend rendre compte dans ses grandes lignes du contenu de la conférence de 2H du 18 novembre. Il ne prétend pas être exhaustif et rapporter la totalité des propos qui ont y été tenus.

haut de page


Retour Intelligence Economique & Stratégique
Fermer la fenêtre


Accueil |Moteur! |Annuaires| Métamoteurs |Cartographie |CV |Mailing lists |Portails ML|Juridique
Etudes de marché|ABC Marketing| Données Economiques|Astuces sur Google|Pays & Langues Google
Web en chiffres|MP3||Informations sociétés |Actualité outils de recherche |Rumeurs|Cartes Plans|
Chercher dans l'actualité
|Web Invisible|Lettre Intelligence Economique et Stratégique|Images
Contact|Plan du site